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Le buste de Mère Javouhey à Mana.
Man Ti-Sô


Mana,qui fut en son temps la deuxième ville de la Guyane a été , il y a 170 ans, le centre d'un évènement hors du commun.
Le buste en bronze, dressé sur un socle de granit rose, devant l'église, est là pour rappeler à tous les passants le nom et le visage de celle qui fut la fondatrice et la mère de Mana.
La réussite de Mère Javouhey fut spectaculaire et laissera toujours rêveurs ceux qui connaissent bien cette région où la grande fondatrice réussit , et c'était bien le mot des " miracles" étonnants.
Elle se consacra au service des plus déshérités,les esclaves noirs et les lépreux.
Et si Louis-Philippe la décora du titre de " Grand homme ", son audace et son génie poussèrent Napoléon Iier à dire:
" j'en ferai volontiers un général de division."




Tout ce que fit cette glorieuse pionnière de la Guyane tient vraiment du prodige.A commencer par ce voyage incompréhensible qu'elle fit par terre de Mana à Cayenne.Une véritable expédition à travers cette inquiétante forêt amazonienne, pendant laquelle elle dormait dans des cases d' indiens, traversait les fleuves à dos d'hommes, méprisant tous les dangers : fournis rouges impitoyables, insectes envahissants,serpents imprévisibles.
 Et Elisabeth,la première enfant noire née à mana dans les bras de Mère Javouhey, participa à cette phénoménale expédition.


Elisabeth Attrée est née en 1836.Son père avait pour nom Attrée.Il avait 33 ans quand il arriva à Mana.Son épouse se prénommait Danaé.Les mananais l'appelaient Ninnin Agnès et les Soeurs lui avaient donné le nom de Ti-Sô (petite soeur)
Ecoutez Elisabeth elle-même vous parler de Mère Javouhey.

" je fus la première enfant née à Mana. Ma Chè-Mè (ma chère mère) m'enleva du camisard de ma mère Danaé.Gâtée par les Soeurs de la congrégation, j'ai grandi parmi elles,
 d'où cette appellation de Ti-Sô (petite soeur) qu'elle m'a donnée.
Mana était une grande famille qui n'avait qu'une seule maman: Notre Chè-Mè (Mère Javouhey). Elle était aimée et obéie des 500 noirs qui lui étaient confiés et qu'elle appelait ses enfants.
Tout le monde travaillait par amour pour elle. la prospérité de la Colonie de Notre Chè-Mè avait une répercussion mondiale.
L'écho des mauvais traitements dans les autres quartiers où sévissait l'esclavage arrivait  jusqu'à nous à Mana. Sous la protection de notre Bienfaitrice, nous nous sentions heureux de ne pas partager avec les esclaves des autres régions les cinglants coups de fouet, car cet instrument de cruelle pacification n'a jamais existé à Mana."


Ces explications fournies par Elisabeth vous font admettre facilement que la Chère Mère va avoir des ennemis jaloux de sa réussite.
Ses adversaires les plus redoutables seront les Conseillers Coloniaux qui dénonceront le danger que représente Mana à leurs yeux.

Mana , prétendent-ils , est un village de nègres libres. Mana est inutile à la Colonie puisqu'elle n'en tire même pas quelque ressource fiscale.
Cet établissement, poursuivent-ils, ne fait que tirer des bénéfices de la Colonie sans jamais participer à ses charges et l'administration de la Mère Supérieure échappe à tout contrôle.

Elle a des adversaires aussi bien en Guyane qu'en France.
La Reine,le Roi, Lamartine et Lamennais la soutiennent ainsi que le Duc de Broglie.
Monseigneur  d'Héricourt, évèque d' Autun lui est très défavorable.Lors de la fondation  des Soeurs de Cluny,il a du se séparer d'elle, ce qui explique son humeur acide.
Le grand abolitionniste Victor Schoelcher est hostile à son action car il n'est pas un fervent de l'église et ne peut pas souffrir les Congrégations.

En Guyane, sa vie sera plus d'une fois menacée. Ses ennemis chercheront à la faire disparaître.
Certains "mauvais noirs" qui ne l'aiment pas beaucoup, probablement payés par les ennemis cachés dans l'ombre, lui tendront des embuscades.
Certains noirs  devaient profiter d'un voyage  qu'elle allait faire à la léproserie de l 'Acarouany. Elle s'y rendait en canoé sur la rivière et rien ne serait plus facile que de faire basculer l'embarcation. Tous les noirs savaient nager, tandis que la Chère Mère, empêtrée dans ses grandes robes, se noierait sans nul doute.
Bien que le plan de la noyade ait été bien conçu et devait pour sûr réussir, il échouera.Il échouera grâce à Dieu
.

*

à suivre.....



 
     *ce  texte est tiré d'un livre d'Auxence Contout : "la Guyane: anecdotes de nos monuments."


Tag(s) : #Guyane: Ailleurs......

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