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" la fraternité du malheur est la fraternité la plus rapide."



Assise dans la chapelle illuminée pour les vêpres, Man Zaza songeait aux sacrées surprises que réserve le ciel. Le bon Dieu ne devait pas s'ennuyer là-haut!
Elle avait donné le jour à deux fils aussi différents que le jour et la nuit. Son aîné , Martial , ressemblait comme deux gouttes d'eau à son défunt mari,, beau comme un acteur de cinéma, mais qui pouvait être aussi mauvais qu'une gale de sept ans.

Elle l' avait adoré son homme,même s'il lui avait fait les quatre cents
coups : la tromper avec des filles sans importance, la rosser quand elle rouspétait un peu trop fort, gaspiller l' argent du ménage aux dés ou aux courses. Mais il se repentait toujours. Un petit cadeau suivi d'une chaude nuit d'ivresse, et elle oubliait tout.
Les quelques nuages de ces 25 ans de bonheur avaient bien pimenté leur relation. Et puis, elle avait été habituée au pire avec son père.La voyant s'épanouir, il s'était mis à la considérer comme sa femme plutôt que comme sa fille.Son Marcelin l'avait tiré de l'enfer!

Son fils cadet, Gabriel, détonnait dans la famille: d'un physique ingrat et d'une douceur égale, il avait les manières de "grand monsieur" du maître d'école et de Père Athanase. Il passait tout son temps libre à étudier en leur compagnie qu'il préférait d' ailleurs à la leur. Dès sa naissance, son père et son frère en avaient fait leur souffre-douleur et le frappaient  à la moindre occasion.Il en avait gardé un léger bégaiement  quand des sentiments trop violents,se bousculaient dans sa gorge.
Devenus adolescents, ses fils avaient tous les deux convoité Coraline dite Coco ,la cousine de Paulo,un vaillant pêcheur qui, de son vivant,partageait avec eux le fruit de son labeur, si la mer avait été généreuse. Arrivé à l'âge d'homme ,Martial n'avait eu qu' à cueillir cette belle plante qui n'avait d' yeux que pour lui  et se moquait de Gabriel. Lui n'avait jamais su que la regarder avec des yeux de poisson frit , mort d' amour.
Peu après leur mariage,les choses s'étaient dégradées.Coco avait tout de suite regretté de s'être laissée aveugler par les beaux discours de son mari. Il découchait et avait à maintes reprises tenté de lever la main sur elle, quand il revenait du bistrot, complètement saoul.
Elle s'était dressée contre son fils brutal avec l' aide de Gabriel devenu plus hardi,et avait pu éviter le pire.
Par un triste matin de ciel lavé,la terrible mais prévisible nouvelle leur était tombée dessus: Martial s'était sauvagement battu avec de sales voyoux pour une sombre histoire de dette de jeu.
Man Zaza s'était précipitée sur le corps ensanglanté de son enfant , trop batailleur, renvoyé quelques jours plus tôt, de l'usine de rhum  faisant vivre toute la région. Jamais elle n'aurait imaginé que la "prunelle de ses yeux" la précèderait dans la tombe.

Et puis, comme dit le proverbe: "le Bon Dieu vous donne la gale, mais il vous donne les ongles pour la gratter!"
Son vilain petit canard s'était métamorphosé.Il était beau avec ses fines lunettes, et tout le monde le respectait depuis qu'il remplaçait le vieux maître d'école,ayant fait de lui son unique héritier.Il lui avait laissé sa jolie demeure et son grand jardin, où il cultivait des merveilles de la nature.
Maintenant, elle était l'heureuse mamie des enfants que Gabriel et Coco avaient fièrement réussis.Les ténèbres s'étaient éloignées, la lumière aujourd'hui  brillait. Egrenant son chapelet béni, elle pria avec ferveur la bonne vierge Marie , pour que ce bonheur durât toujours.

Cette nouvelle est rapportée dans la "semaine guyanaise" par Dominique Louisor.


après cet intermède guyanais, à bientôt pour les "coups de coeur métropole" .....
Tag(s) : #Fables Guyanaises et poésies

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