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Dans les profondeurs abyssales du temps, Montsinnéry, sur les bords de son fleuve abritait le domaine d'un colon qui avait droit de vie et de mort sur ses esclaves.
Le seigneur possédait tant de richesses qu'il ne lui était pas possible de dénombrer toutes les plantations de ses terres. Il y avait surtout des vanilliers,des canneliers,des girofliers,des muscadiers,des cacaoyères,des caféières. Plantes à épices, champs de cannes à sucre, de manioc, de bananiers et de divers légumes se rangeaient à perte de vue.
Le seigneur habitait une colline voisine de la sucrerie et les esclaves avaient leurs cases à l'orée des grands bois.
L'allée poétique était celle des arbres fruitiers qui arrivaient devant le fleuve: orangers,parépous,cocotiers,avocatiers,oliviers,manguiers,aouaras,citronniers.




Les grands arbres formaient une voute sous laquelle le propriétaire venait se reposer: grignon, balata, acajou, cèdre, wapa, fromager.
Il aimait cet énorme fromager au pied duquel était placé un banc qui lui servait de siège de lecture. Il raffolait des ouvrages de sciences occultes et avait passé un pacte avec le diable. Il avait tout ce qu'il désirait de l'esprit malin mais, Satan, qui ne donne rien pour rien,lui demandait une âme,chaque année comme récompense.
Le Maître laissait son livre sur le banc et, à la tombée de la nuit,il demandait  à un enfant d'esclave d'aller le chercher.L' enfant ne revenait pas, emporté par le diable.
Chaque année, le Maître envoyait donc, au jour fixé, un négrillon  récupérer son livre qu'il prétendait avoir oublié sur le banc. Et les mamans désolées pleuraient la disparition de leurs fils.
Une mère, plus curieuse que les autres, suivit son fils qui avait été chercher le livre du Maître et vit toute la scène : un être étrange avec cornes,griffes et queue, sous une forme humaine ,dit à l'enfant:"Baka la main!"L'enfant tendit la main et le monstre l'entraina vers le fleuve.
Elle n'ébruita pas l'affaire de peur d'être châtiée par le seigneur mais elle comprit qu'il s'agissait d'un engagement  avec le diable et elle mit tout de même plusieurs de ses amies au courant des circonstances qui avaient entouré la perte de son fils.
C'est l'enfant d'une de ses amies alertées qui fut désigné l'année suivante  pour aller chercher le livre "oublié" sur le banc.Celle-ci avait connu les Pères Jésuites qui lui disaient toujours que rien n'était supérieur à Dieu le Père et à Jésus Christ, son fils.
Celle-ci ayant gardé des Pères un crucifix et possédant un scapulaire utilisa ces deux objets pour protéger l'enfant. Au moment où son fils allait chercher le livre, elle lui mit  le scapulaire autour du cou et le crucifix dans la main.
-Mon fils,dit-elle,l'homme que tu verras te dire" Baka la main"n'aie aucune peur,tends-lui le crucifix et dis-lui "Baka mon crucifix",il s'enfuira.Tu prendras le livre et tu l'amèneras au Maître.-

Satan dit à l'enfant"Baka la main". "Baka mon crucifix " répondit l'enfant avec le crucifix braqué devant le diable. Le démon  poussa un cri infernal et déguerpit en criant: "Diangolo! Diangolo! Diangolo!"

Lorsque le livre fut remis au seigneur,ce dernier devint livide et demanda  au négrillon s'il n'avait rencontré personne.L'enfant répondit négativement , selon les recommandations de sa mère.
"Tu es bien sur que tu n'as vu personne? Tu n'as pas remarqué un monsieur qui t'a parlé?"
"Non,Maître,il n'y avait personne, j'ai trouvé le livre et je l'ai pris pour vous."
Sur le coup de minuit, la maison du colon fut le théatre d'un désordre assourdissant avec bris et démolitions d'objets. C'était le plus terrible "brizasse,crazasse,démolizasse " des forces de la nuit.
Les esclaves les plus courageux sortirent de leur cabane et allèrent voir. Ils aperçurent des êtres étranges à cornes ,à griffes et à queues qui emportaient le cadavre du Maître. Pour ne pas faire état de l'enlèvement  du propriétaire, on confectionna vite un cercueil dans lequel on posa un tronc de bananier à la place du disparu.
Et Satan qui avait fait demi-tour devant le crucifix, était revenu s'emparer de l'homme qui avait  "vendu son âme au diable".


Cette légende est tirée du livre d'Auxence Contout :La Guyane...ses contes....

Tag(s) : #Fables Guyanaises et poésies

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